L’Intelligence artificielle (IA) est souvent considérée comme une nouvelle révolution industrielle, transformant divers métiers et impactant nos vies. Cependant, l’informatique a déjà infiltré notre quotidien depuis des siècles, avec les premiers codes écrits par Ada Lovelace au milieu du XIXe siècle et les premiers ordinateurs créés après la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, un tournant s’est produit en 2012.
Cette année-là, des chercheurs ont exploité le « deep learning » ou « apprentissage profond » lors d’un défi, utilisant des algorithmes nécessitant d’importantes quantités de données pour être entraînés. Mais quels en sont les effets réels ? Christine Solnon, chercheuse en IA depuis 1993, explique que « les algorithmes précédents reposaient sur des règles mathématiques définies par des experts humains, permettant de raisonner les ordinateurs. Désormais, nous sommes passés à un modèle basé sur des probabilités, apprises grâce à des statistiques sur d’énormes volumes de données. »
Les limites et les dangers de l’IA
Cependant, cette chercheuse met en garde contre les écueils de l’IA. Des systèmes tels que Chat GPT construisent des réponses à partir de ces probabilités, sans s’appuyer sur des règles formalisées, mais sur de vastes ensembles de données. Cela tolère les erreurs et les biais, comme le sexisme de Chat GPT. De plus, les opérateurs, tels que Google, vivent de « l’économie de l’attention et la vente de données », la publicité alimentant ces sociétés, voire, dans certains cas, l’argent public, lorsque les collectivités peuvent être amenées à racheter des données initialement « prêtées » aux applications.
Impacts environnementaux et réversibilité de l’IA
L’impact environnemental est également préoccupant : les applications semblent immatérielles, mais elles reposent sur des infrastructures coûteuses. Une obsolescence logicielle programmée pousse à installer de nouvelles fonctionnalités et à changer d’appareils. Bien que l’IA soit désormais omniprésente dans nos vies, Christine Solnon estime qu’il faudrait se poser la question de sa réversibilité à chaque nouvelle technologie.
Le mythe de l’« intelligence » artificielle
Enfin, concernant le terme « intelligence » artificielle, Christine Solnon le juge trompeur : « Cette machine qui dépasserait l’homme, c’est un mythe créé après la guerre, un fantasme qui va de pair avec le transhumanisme. On est à des années-lumière de créer une vraie intelligence. »