La commission d’enquête du Sénat sur les politiques publiques face aux opérations d’influence étrangère s’intéresse de près aux capacités croissantes de l’intelligence artificielle (IA). Lors d’une audition le 9 avril, deux journalistes, Thomas Huchon et Gérald Holubowicz, ont illustré les pouvoirs de mimétisme troublants de l’IA générative. Huchon a présenté une vidéo synthétique dans laquelle un double numérique prenait la voix de diverses personnalités, dont le président de la commission d’enquête, Dominique de Legge. Holubowicz a ensuite reproduit l’opération avec la voix du sénateur Rachid Temal.
Ces démonstrations ont suscité l’effroi des sénateurs face aux usages divers et variés que permet ce type de manipulation dans un espace informationnel non régulé. L’IA, qui désigne un logiciel s’apprenant lui-même à partir d’une base de données, a vu ses productions exploser en quelques années, dépassant largement la sphère numérique.
L’IA, un outil de communication et de manipulation
L’IA est largement utilisée dans le champ de l’information et de la communication, en politique notamment où elle a permis à de nombreux candidats de se démultiplier grâce aux deepfakes. Cependant, cette technologie a aussi été utilisée pour des dérives susceptibles de tomber sous le coup de la loi, telles que des contenus à caractère sexuel non consenti ou des vidéos synthétiques pédopornographiques.
Les pistes de régulation
Face à ces enjeux, Thomas Huchon insiste sur la nécessité de faire rentrer les réseaux sociaux sous le joug de la loi de 1881 sur la liberté de la presse et évoque un « plan décennal sur l’éducation aux médias » pour aiguiser l’esprit critique des plus jeunes. Gérald Holubowicz évoque également la nécessité de repenser le modèle financier des plateformes, qui s’appuie très largement sur la publicité et génère de nombreux effets pervers.